Dépenser trop peu

(English version: Spending too little)

La recherche est de nature imprévisible et les dépenses nécessaires pour mener à bien un projet le sont donc également. La conception de l’expérience de demain dépend du résultat d’hier. Et, à tout moment, une publication venant de n’importe où dans le monde peut bouleverser un programme de recherche. On nous demande néanmoins de préciser annuellement nos dépenses et d’éviter non seulement des dépassements (c’est normal) mais également de ne pas dépenser moins. C’est simplement idiot ! Tout chercheur (avec des budgets français) gère son argent suivant une politique de simple bon sens: dépenser quand il y a nécessité et tenter d’assurer suffisamment d’argent pour les imprévus. Il arrive donc que les imprévus ne surviennent pas dans une année donnée et il reste de l’argent qu’on voudrait reporter à l’année suivante (nous sommes bien sûr au milieu d’un contrat). Mais pour nos administrations cet évènement heureux est considéré comme la plus mauvaise gestion !

Pourquoi doit-on toujours dépenser exactemement autant que prévu ? La règle n’existe pas pour aider la recherche. Au contraire, elle reflète plutôt de la mauvaise foi de la part du gouvernement. Chaque année nos organismes gestionnaires doivent présenter leurs comptes au Ministère de la Finance. Tout l’argent des contrats est traditionellement comptabilisé sous «ressources propres», que le Ministère risque de prendre en justification d’une baisse de budget. Donc il ne faut pas qu’il en reste à la fin de l’année, même si le contrat de recherche finance un projet spécifique, et le Ministère le sait parfaitement bien, parce que le plus souvent le contrat de recherche vient du gouvernement !

Tout cela pourrait paraître comme un jeu de hauts fonctionnaires sans conséquence pour la pratique quotidienne de la recherche. Il est vrai qu’on finit toujours par obtenir le report des fonds non-dépensés. Mais la procédure n’est pas sans coût. D’abord, il y a la perte de temps dans les prévisions et re-prévisions inutiles, et ceci gaspille le temps des chercheurs et des gestionnaires. Ensuite, l’obtention des reports dans l’année suivante peut être extrêmement lente dans certains organismes: pour une de mes tutelles ils arrivent vers le mois d’avril ! Par temps de pénurie (par exemple maintenant), le report peut représenter le seul financement d’une équipe. Le retard pose donc de réels problèmes.

Dans l’abstrait, il parait évidemment souhaitable que les chercheurs soient de «bons manageurs». Mais dans la pratique il y a une contradiction entre l’imprévisibilité de la recherche originale et la prévision budgetaire exacte. La mauvaise foi du gouvernement en refusant de reconnaître la spécificité des contrats de recherche, qu’il octroie souvent lui même, impose aux chercheurs et des gestionnaires de perdre leur temps dans des jeux comptables totalement inutiles et inefficaces.

Spending too little

Experimental research is inherently unpredictable, so it is not possible to budget research projects precisely. The design of tomorrow’s experiment depends on yesterday’s result. And, at any moment, a publication can overturn a research program. Despite this, we are continually obliged to provide detailed annual budgets. Of course, we can’t spend more than we have, but, idiotically, we are not supposed to spend less either. Every researcher (at least on French budgets) manages his/her grants according to simple good sense: spend when necessary and try to put aside enough for unforeseen problems. This means that money will sometimes be unspent that one would like to carry forward to the following year (assuming we are in the middle of the grant). However, this happy event is, quite perversely, considered by our administrations to represent the worst possible management!

Why shouldn’t we underspend on occasion? The rule is not in any way intended to help research and is instead an example of bad faith on the part of the government. Each year, the research organisations must present their annual accounts and budgets to the Finance Ministry. All the research grants they manage for us count as ‘ressources propres’ (your own money), which the Finance Ministry then argues can be used to offset a reduction in following year’s budget. Of course this is false, because the grants cannot be used for other than the project they are intended to fund. And the Ministry knows this perfectly well, not least because most of the grants are provided by the government itself!

One could argue that this is all simply a game for high-ranking civil servants. And it is true that we always end up receiving unspent grant money the following year. But there is a real cost. Firstly, there is all the time wasted by researchers and finance staff in the futile budgeting. Furthermore, unspent monies may only become available many months into the new year: for one of the organisations managing my grants such carry-overs may not be available before April! In hard times (like now), this may represent the only funding that a group possesses, so the delay can cause genuine hardship.

In abstract terms, it seems evidently desirable for researchers to be ‘good managers’. But in practice there is a real contradiction between the unpredictability of original research and precise budgeting. Governmental bad faith in refusing to account for research grants honestly (especially those funded by the government itself!) obliges researchers and finance staff to waste their time in make-believe budgeting.

Merci à : Delphine.

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