Six ans

(English version: Six years)

La nouvelle interprétation stricte de la règle limitant à six ans la durée des CDD dans la fonction publique met fin à des carrières de post-doc de manière totalement injuste, arbitraire et inutile.

Soyons clairs: la majorité des thésards et la totalité des post-docs travaillent dans l’espoir de décrocher un jour un poste permanent qui leur permettra de développer plus sereinement leurs projets de recherche à long terme. Ce n’est certainement pas un alléchant CDD ANR ou le luxe d’une subvention à court terme d’une fondation qui les retient dans la recherche. Avant l’obtention d’un poste dans une EPST ou université, l’horizon du contractuel ne s’étend que rarement au-delà de deux ans, et son quotidien est souvent un continuum de stress, de frustration et de travail acharné.

Ajoutons que la possibilité d’avoir une situation stable est une motivation extrêmement importante pour attirer la main-d’oeuvre compétente essentielle pour faire fonctionner la recherche française. Imaginez un instant les post-docs qu’on pourrait attirer avec un CDD ANR de deux ans s’il n’y avait même pas l’espoir d’un poste un jour.

Nous vivons une période où la conjoncture économique et politique génère une pénurie aiguë de postes ainsi qu’une baisse subite de subventions pour financer leurs salaires. La vie des post-docs est déjà très tendue. Mais s’ajoute maintenant aux difficultés des apprentis chercheurs une nouvelle interprétation d’une vieille règle qui a des effets réellement pervers sur leurs chances d’obtenir un poste permanent.

La règle, ironiquement conçue comme une protection de l’emploi, impose que toute personne employée pendant 6 ans sur CDD par le même employeur, y compris dans la fonction publique, est en droit d’exiger un CDI. Cela étant bien sûr impossible, puisqu’il faut réussir un concours pour devenir chercheur, la personne doit arrêter de travailler dans la recherche publique. Jusqu’à récemment, cette règle était interprétée avec une certaine souplesse (sagesse !) – il suffisait que la gestion du salaire passe d’une EPST à l’université, ou d’être payé par une fondation, pour que les compteurs soient remis à zéro. Est-ce que cette interprétation n’a jamais posé un problème ? J’aimerais savoir s’il existe une jurisprudence où un post-doc aurait obtenu de son «employeur» un CDI. Récemment, cependant, l’interprétation s’est rudement durcie. Maintenant après six ans de salaire géré dans la fonction publique, tout organisme confondu et sans tenir compte de la source du financement, le post-doc se trouve au chômage.

Je trouve ce changement cruellement injuste:
– les personnes touchées se sont engagées dans la recherche il y a plus de dix ans, quand cette règle était interprétée de manière flexible
– c’est autant d’années de formation gâchées (minimum bac+14)
– cette règle frappe durement ceux qui ont choisi d’effectuer leur post-doc en France mais laisse totalement indemnes ceux qui ont exercé à l’étranger

On entend l’argument qu’une personne qui a besoin de six ans de post-doc ne sera pas “un bon”. Je ne suis pas d’accord, pour plusieurs raisons. D’abord, avec six ans après la thèse on arrive simplement à l’ancien âge limite de recrutement CNRS/INSERM (CR2), c’est-à-dire 31-32 ans, qui était trop jeune. Ensuite, la recherche est très aléatoire (du moins en biologie) et un seul faux pas, un peu de malchance ou un changement de direction peut facilement empêcher un candidat de constituer un dossier compétitif dans les temps. Or un des effets appréciables de la suppression de l’âge limite de recrutement était de permettre aux chercheurs de qualité de rattraper ces écarts. Nous revenons donc à un système ultra-rigide (et stupide) où la moindre non-linéarité de carrière est fatale.

L’application de cette règle aux post-docs est donc injuste et arbitraire. Elle décourage encore plus la main-d’oeuvre qualifiée dont dépend tout laboratoire de recherche et défavorise spécifiquement le travail en France au profit des pays étrangers. Et pour quel gain ? Tout ce que demande un post-doc c’est de pouvoir continuer dans des conditions déjà assez pénibles de préparer un concours particulièrement exigeant.

Six years

A new, strict interpretation of French labour law limiting temporary employment in the civil service to six years is terminating research careers in an unjust, arbitrary and wasteful manner.

Let’s establish one thing: the great majority of PhD students and essentially all post-docs work in the hope of obtaining a tenured position enabling them to develop their own longer-term research projects. They are certainly not motivated by short-term soft money or the working conditions, which usually consist of unremitting stress, frustration and hard work.

It is also important to point out that this prospect of stable research employment is essential to attracting the high-quality PhD students and post-docs that are so crucial to any research lab. Imagine for a moment the post-docs one could hire with short-term contracts if there were no hope of a career in research.

In France as in several other countries, the economic crisis and political climate are creating a severe shortage of jobs and simultaneously reducing the available soft money. A post-doc’s life is particularly fraught at this time. Things are worse for long-term post-docs in France, though, because of a new, strict application of labour law to post-docs.

This law, perversely intended as a protective measure, limits temporary employment (CDD = contrat à durée déterminée) by the same employer, including the civil service, to 6 years. After that period, the temporary employee is entitled to demand a permanent position (CDI = contrat à durée indéterminée). To become a researcher, however, one must pass through a very competitive recruitment procedure (concours), so the employers would have no way of providing a permanent position. The end result is the post-doc must be fired.

In the past this law was applied flexibly. It was always possible, by switching the organisation managing the salary (for instance between CNRS and a university) or by being paid by a private foundation, to reset the counter. And I’m unaware that this good-sense approach ever posed a problem or that any post-doc ever successfully took his employer to court to obtain a permanent position. Nevertheless, the interpretation of this rule has suddenly become quite draconian. Now, after accumulating 6 years of work in the civil service, independently of the specific organisation or of the funding source (salaries funded by private foundations are usually still managed by the public organisations), post-docs are being made unemployed.

I find this cruelly unfair:
– those affected began their research careers some 10 years ago, when of course this rule was interpreted differently
– all those years of training are wasted
– the rule affects those working in France quite differently to those applying for jobs from abroad

One hears the argument that anybody requiring 6 post-doc years won’t be the best. I disagree, for several reasons. Firstly, 6 years post-PhD equates to 31-32 years old, which was the previous (very young) age limit for recruitment to ‘CR2’ positions in the CNRS or INSERM. Furthermore, research (at least in biology) has a strong random component; a single misstep, a bit of bad luck or a change of direction will easily prevent recruitment within this time limit. One of the positive effects of the abolition of the age limit for recruitment was the possibility for good researchers to recover from such problems. Now we are returning to a stupidly rigid system in which the slightest error or nonconformity in a research career will be fatal to employment opportunities.

In conclusion, the strict application of labour law to post-docs is arbitrary and unfair. It discourages yet further the active, qualified researchers upon which every research lab depends and specifically penalises working in France compared to other countries. And for what gain? All the post-docs request is to be able to continue their already difficult preparation for the recruitment competition.

Merci à : Delphine.

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