Abolissons l’HDR !

(English version: Abolish the habilitation!)

L’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) incarne une bonne intention : assurer qu’un directeur de thèse ait une qualité et une expérience confirmées et ainsi protéger l’étudiant. Mais elle répresente en réalité une perte de temps pour le chercheur, un frein arbitraire sur son avancement et un instrument purement comptable pour gérer la pénurie de bourses de thèse.

Remarquons pour commencer que de nombreux pays n’ont pas l’HDR (Wikipédia). Notamment, ni les Etats Unis ni la Grande Bretagne n’ont d’équivalent. Il est difficile d’argumenter que ce manque soit nuisible pour la qualité de leur recherche ou pour la formation de leurs étudiants. En revanche, le pays exemplaire c’est Allemagne, ou l’Habilitation est l’instrument absolu du pouvoir, contrôlant l’accès aux rangs des Professeurs «C4». L’obtention de l’habilitation en Allemagne peut occuper et conditionner l’activité d’un chercheur pendant les meilleurs années de sa carrière. Il contribue ainsi très fortement au «brain drain» allemand (Ibid). Heureusement, nous n’en sommes pas là.

Comment obtenir une HDR en France ? Il faut d’abord demander la permission de la soutenir. Cette étape clef peut être contrôlée par un comité ou des fois par une seule personne. Parmi les critères pris en compte, il y a bien sur les publications, mais souvent aussi la preuve que le candidat a déjà encadré des thésards, ce qui a tendance à se mordre la queue. Ensuite le candidat rédige sa mémoire et organise une soutenance avec des amis, ce qui est certain d’aboutir positivement, mais nécessite encore un petit mois de travail.

Dans la procédure actuelle, l’évaluation du candidat est alors achevée au moment que la permission de soutenir est accordée. La mémoire et la soutenance sont parfaitement superflues. Sans doute les défenseurs de l’HDR diront qu’un mois de travail à perte serait salutaire, mais il est rare qu’un chercheur motivé par la recherche puisse dégager autant de temps libre facilement. Et l’effet psychologique d’être contraint à perdre son temps sur une activité que l’on sait inutile est difficile à supporter. (Si ce dernier point ne vous gène pas, analysez pourquoi vous trouvez bien d’obliger les gens à faire des choses inutiles.)

L’existence de l’HDR a également des effets pervers dans la distribution des bourses de thèse. Elle est la base du numerus clausus des écoles doctorales (imposé depuis le Ministère de la Recherche) limitant le nombre de bourses par HDR. Donc chaque (enseignant-)chercheur habilité aura son tour et certains étudiants seront contraints à faire des thèses avec les directeurs les plus médiocres. Ce qui équivaut déjà la fin de leur carrière dans la recherche. Notons qu’il serait tout à fait possible de limiter le nombre d’étudiants par chercheur statutaire (ou directeur de recherche ou professeur) pour obtenir le même résultat sans le travail. Mais on pourrait également réfléchir à renforcer l’utilisation des autres critères, tels que l’intérêt du projet, la qualité de l’étudiant, le devenir des étudiants précédents.

Un deuxième effet pervers c’est dans la promotion des (enseignants-)chercheurs. L’HDR est devenue quasi-obligatoire pour une promotion au corps des directeurs de recherche ou pour devenir professeur. Or avoir une HDR ne signifie qu’un comité (voire une seule personne) a permis la soutenance, sur des critères bien moins stringents qu’exige une commission de promotion CNRS/INSERM ou de recrutement de professeur. La commission ferait mieux de se concentrer sur la qualité scientifique du candidat et de se fier à son propre jugement.

En conclusion, l’HDR en France est une démarche redondante qui encourage l’évaluation superficielle par les commissions de promotion et peut contraindre les étudiants à faire des thèses avec des directeurs médiocres. Or à l’origine le but était de protéger l’étudiant.

Abolish the habilitation!

The ‘Habilitation à Diriger des Recherches’ (HDR; a qualification entitling the holder to supervise PhDs) reflects a good intention: to orotect students by ensuring that PhD supervisors have the required expertise and ability to guide them. In reality, however, it is a waste of researcher time, a bureaucratic obstacle to promotion and a purely numerical method for managing the shortage of PhD fellowships.

Many countries have no equivalent of the habilitation (Wikipédia), in particular neither the US nor the UK. However, it is difficult to argue that the quality of their science or their training has suffered from this lack. (Maybe the opposite would be closer to the truth.) In Germany, on the other hand, the ‘Habilitation’ is the instrument of absolute power, regulating access to the ranks of ‘C4’ professors. Obtaining this qualification can monopolise the best years of a researcher’s career, and the difficulties of the procedure are an important contributor to the German brain drain (Ibid). Thankfully, the French version is somewhat more benign.

How does one obtain an HDR in France? First you must obtain permission to apply. This key step is usually controlled by a committee or sometimes even a single person. Among the criteria taken into account one of course finds the number and quality of publications, but also proof of successful supervision of students. You might think that this is a little circular, but rest assured, the defenders of the HDR can trot out endless casuistic arguments on the fundamental difference between ‘direction’ (“I’m the boss”) and ‘encadrement’ (“you do the work”) of students. You are only allowed to do the latter without an HDR. The lucky HDR candidate then writes a kind of thesis of his collected works and other activities and organises a defence with a committee of a few friends and a small party to follow. All this is then bound to end positively, but requires maybe a month of work.

Following the current procedure, we see that no further evaluation of the candidate occurs once permission to apply has been obtained. The thesis and defence are entirely superfluous. Naturally the defenders of the HDR will argue that it is ‘good for you’ to write the thesis, but active researchers really struggle to free a month of their time, especially when they know that they are being forced to waste their time. (If this doesn’t bother you, please analyse why you like forcing people to waste their time.)

The existence of the habilitation has led to a number of other undesirable effects. Thus, it forms the basis of a quota on PhD fellowships (of which the Ministry of Research has the monopoly). Basically, everybody holding an HDR gets their turn to take a student, some of which are therefore forced to work with the most mediocre supervisors. This is tantamount to a stillborn research career in today’s ultra-competitive environment. A similar quota could easily be operated without the habilitation – per researcher or per professor or per ‘directeur de recherche’. This would achieve the same result without the work. Alternatively, one might consider radical alternatives such as reinforcing criteria based upon the success of previous students, the quality and interest of the project…

A second undesirable effect of the habilitation is found in the procedure for promotion of ‘chargés de recherche’ to ‘directeurs de recherche’ (within research organisations) or from ‘maitre de conférences’ to professor. Basically from associate professor (lecturer) to professor. The habilitation has become a requirement for this promotion. But, as we’ve seen, having the qualification means no more than an obscure committee has given its agreement and that the person had a month of time to waste. The committees evaluating the promotions usually have much more stringent criteria and should trust in their own judgement.

Thus, a procedure designed to protect students has become a waste of researcher time, forces students to do PhDs with mediocre supervisors and is a purely bureaucratic obstacle to promotion.

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