Le point sur la loi Sauvadet

J’ai assisté récemment à une réunion d’information avec des représentants des ressources humaines de délégations CNRS, INSERM, et d’un service de l’enseignement supérieur, pour faire le point sur la loi Sauvadet et son application par ces différents organismes. Certaines informations utiles ont été communiquées, mais il reste encore des zones de flou et des procédures pénalisant les contractuels.

Pour ce qui était des généralités de la réunion, il y avait une claire mésentente mutuelle. Les représentants semblaient parfois essayer de justifier la loi et leurs procédures en reprenant le discours langue-de-bois de la protection contre la précarité ou en prétendant agir pour le bien des contractuels. Ils ont par ailleurs souhaité la réduction de l’âge de recrutement des chercheurs (« il faudrait passer le message aux commissions » qui, on déduit, feraient mal leur travail actuellement; je vous laisse deviner le sort réservé aux trop vieux). Ces propos ont rencontré la réaction agacée et unanime qu’on pouvait attendre d’une assistance de 70 chercheurs et contractuels, qui n’ont d’ailleurs pas montré le moindre intérêt pour les dispositifs « d’accompagnement vers un nouvel emploi » et autres platitudes RH proposées (voici quand même la Charte du CDD du CNRS (pdf) qui décrit ces dispositifs). Les ressources humaines, étant éloignées du terrain des laboratoires, ne semblaient pas comprendre les situations humaines catastrophiques que cette loi et son application rigide, arbitraire et rétrospective précipitent pour des gens qui se sont engagés dans la recherche il y a une décennie, bien avant que cette loi et sa nouvelle interprétation existaient.

Les informations les plus utiles et claires concernaient les conditions dans lesquelles un post-doctorant (ou ITA) menacé par la loi pourrait continuer à travailler dans la recherche publique.

Il faut changer d’employeur, défini comme l’organisme (e.g. CNRS ou INSERM) qui paie le contractuel (et non toutes les tutelles de son unité), ET changer de projet (fonction). Les juges administratifs n’ayant aucun intérêt pour la science, on considère que seulement un changement d’unité assure le changement de projet. Les tutelles ne devraient donc pas refuser d’accorder un contrat dans ces conditions. Les représentants ont même confirmé leur accord théorique dans le scénario suivant: votre post-doc payé par le CNRS va dans le groupe d’un collaborateur pour se faire payer par l’INSERM sur le même contrat ANR dont vous êtes partenaires (notons qu’il pourrait même être envisageable de transférer l’argent nécessaire via l’ANR). Et en principe rien n’empêche le post-doc de revenir après (voir ci-dessous). C’est, relativement parlant, une bonne nouvelle et c’est sans doute dommage pour certains que cette clarification n’ait pas été annoncée plus tôt.

La jurisprudence sur l’interruption de travail nécessaire pour reprendre son emploi dans la même unité et avec le même employeur semble également se faire plus nette. Quatre mois au chômage sont insuffisants, tandis qu’un an dans un labo étranger est acceptable. On peut espérer que la jurisprudence se clarifie plus, mais c’est également un progrès.

En revanche, il y avait un grand flou sur les possibilités d’obtenir des contrats allant jusqu’aux six ans (moins un jour) permis par la loi. Chaque tutelle semble pratiquer une analyse très craintive au cas par cas. Par exemple, l’INSERM donne des contrats de trois ans éventuellement renouvelables deux fois un an. Dépasser cinq ans semble difficile dans la pratique. Les seules raisons logiques pour cette prudence seraient la difficulté de reconstituer avec certitude la carrière des contractuels et la peur qu’un emploi caché dans le CV ne fasse dépasser la limite fatidique des six ans et n’ouvre le droit à une demande de CDI. Peut-être pourrait-on faire appel à des experts en RH pour cette analyse critique ?

Cette situation est clairement la source d’une énorme frustration pour les post-doctorants et les équipes concernés. Entre autres, il est devenu simplement impossible de planifier : on ne sait pas jusqu’à la dernière minute si on peut travailler cinq ans ou seulement trois, et la décision se fait sur la base de critères horriblement obscurs et variables, parmi lesquels on peut citer une évaluation de l’état du «projet» pour lequel le post-doctorant était employé. Les RH vivent dans un univers parallèle où les chercheurs conçoivent de temps en temps un « projet » pour lequel ils n’ont bien sûr aucune difficulté à lever des fonds pour assurer sa complétion d’un seul coup. Sans doute ils n’ont pas beaucoup de projets, puisqu’ils n’ont pas souvent des contrats ANR… Incroyable. Les tutelles ne semblent pas se rendre compte qu’ils jouent les carrières des post-docs concernés: un projet non-terminé = un post-doc non-validé = la mort scientifique. Si on n’est pas sûr de pouvoir dépasser trois ans, un temps parfois serré pour terminer un projet, on court déjà un risque important en initiant ledit projet. La France risque de perdre tous ses post-docs et retourner au tiers monde de la recherche.

La situation est inacceptable et ne correspond absolument pas au principe de « transparence » qu’on nous a fièrement annoncé à l’entrée de la réunion. La démarche d’évaluer le projet est superflue (et parfaitement opaque). Seule la loi compte et c’est clair qu’il faut dépasser six ans pour qu’il y ait le moindre risque. Les tutelles devraient donc concentrer leur expertise sur la reconstitution des carrières des post-doctorants concernés (ce qui relève pleinement du métier des RH) pour permettre l’emploi jusqu’à la limite des six ans. Tout post-doctorant peut comprendre que s’il ne peut pas justifier de manière solide son activité dans la période critique (il s’agit d’une période de sept ans maxi) que le risque pour la tutelle sera trop grand. Une question intéressante qui n’a pas été posée : serait-il utile d’exiger une déclaration sur l’honneur du post-doc sur la reconstitution de sa carrière ?

Pour que les choses soient claires : les contractuels et chercheurs présents n’attendaient qu’une chose des RH des tutelles — aider les contractuels à continuer à faire la recherche pour laquelle ils sont formés, tout en respectant cette loi à effet pervers.

Quelques autres informations: malgré la très grande crainte des tutelles de se trouver forcées à créer des CDIs, leur nombre est dans la pratique minuscule. Dont une question — pourquoi tant de peur; et une conclusion — il est inutile d’espérer obtenir un CDI (à moins de travailler à Gif-sur-Yvette). Sur ce point, la loi (ou son application) affiche pleinement ses incohérences : le cas a été soulevé des contractuels à qui on refuse un CDI et un CDD. On aurait espéré qu’on ait droit à l’un ou l’autre et non seulement au chômage !

La plupart des autres combines de contournement de la loi Sauvadet ont été éliminées. Se faire payer par un employeur privé, associatif ou de portage pour continuer un projet (= dans la même unité) pourrait être assimilé à l’exercice d’une fonction pérenne et n’est donc pas une protection légale. Celà dit, il n’a pas été dit qui porterait le risque de payer l’éventuel CDI ; si c’est le dernier employeur, ça ne devrait coincer pour les tutelles qu’au moment d’un éventuel retour au bercail. En revanche et à notre étonnement, l’acrobatie de se constituer auto-entrepreneur et de fournir une prestation de service était jugée acceptable légalement, mais il faudrait pouvoir justifier la dépense de sous-traitance à l’organisme qui finance le contrat, montage qui risque d’être compliqué.

Même si on arrivera à la fin à contourner les pires excès de cette loi en termes de dégâts humains, ce sera à quel coût en temps et en argent et en frustration pour la recherche française ? La pratique de la recherche se sera encore complexifiée inutilement et nous aurons perdu un génération de post-docs formés.

Post scriptum

Avec un peu de recul, je pense ce qui me frappe le plus c’est le fait que cette loi a transformé chaque contractuel en une bombe à retardement, à desamorcer le plus rapidement possible. La Charte du CDD parle de les accompagner vers des nouvels emplois et préconise comment s’en débarasser efficacement. Mais ces gens travaillent dans la recherche parce qu’ils tentent d’en faire leur métier. Ils s’y sont formés pendant de longues années sous-payées et sur-travaillées. Si les organismes parviennent à les chasser et à décourager leurs remplaçants, d’où viendra la nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs ? Peut-être la France n’a plus besoin de savants ?

Post post scriptum

Un petit joyau tiré du Guide des déposants de l’ANR 2015. Ils parlent du « taux de précarité du projet », défini comme la part contribuée par des non permanents financés par l’ANR. Bien sûr il faut limiter ce taux, puisque la précarité est une mauvaise chose.

Merci à: Guillaume.

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Palestine

This is being written during the unbearable July 2014 Israeli military operation in the Gaza strip. My aim is not to declaim against the tragedies of the campaign; others can do a much better job. No, I write so that when I die I shall not have the shame of never even having raised my voice against this injustice. This is no fight of equals, neither in terms of responsibility nor of strength. The Gazans have been left to rot in their ghetto, created by the Israelis, for more than half a century. The superbly equipped Israeli army is now shooting fish in a barrel. Gaza is one of the most densely populated regions on Earth – the average distance between people is 15 metres and more than half of the population are children. The Israelis cannot miss.

Will it ever end? There are more than 1.8 million people in Gaza. Israel have killed about 1000 during this operation. Between campaigns, Israel gives Gazans no choice but brutal, impoverished and humiliating imprisonment. Never will that lead to peace or security. Israel has consistently sabotaged a two-state solution. A glance at the Palestinian-controlled regions of the West Bank shows just how dead that idea now is.

I see only one possible solution in my lifetime: Israel and the Occupied Territories must join the European Union. Only as part of a larger, prosperous and secular community can the festering moral corruption of this conflict be ended.

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Stratégie Nationale de Recherche

Jusqu’au 23 mai 2014, le Ministère de la Recherche mène une consultation publique sur la Stratégie Nationale de Recherche avec le but affiché de “[définir] un nombre limité de très grandes priorités scientifiques et technologiques“. Etant de l’avis que toute tentative de programmation de la recherche est contre-productive, j’ai soumis la contribution suivante.

Dans le cadre de la consultation publique sur la Stratégie de Recherche, je voudrais vous faire part de mon opinion et de mon expérience.

La programmation thématique de la recherche est dangereuse pour sa qualité. D’une part, les percées de l’avenir sont trop difficiles à prévoir et, d’autre part, elles ont une granularité bien inférieure aux « programmes thématiques » ainsi qu’une répartition bien plus large. La conséquence inéluctable de toute programmation (ou autre contrainte) c’est de réserver un financement pour des projets médiocres et de supprimer un financement potentiel à des projets porteurs. Ceci rejoint mon expérience personnelle – les appels « ouverts » sont toujours de loin plus compétitifs que les appels thématiques.

L’idée reçue qu’il faut réorienter sans cesse la recherche pour la renouveler trahit une profonde méconnaissance de la recherche. Les meilleurs chercheurs sont ceux qui ont eu le temps de devenir expert dans leur domaine. Et leur efficacité nécessite l’investissement en équipement, la formation de personnel et l’établissement de réseaux. Chacune de ces étapes requiert du temps, d’autant plus dans le contexte de pénurie que nous vivons actuellement dans la recherche française. La réorientation impliquerait donc de repartir de zéro dans un domaine qu’on ne connaît pas, sans support, sans moyens et sans appui.

L’ANR « blanc » est une des meilleures initiatives dans l’organisation de la recherche française depuis des décennies, permettant à la fois l’émergence de recherches novatrices ainsi que l’éclosion de jeunes équipes dynamiques. La priorité centrale de la politique de la recherche devrait être de renforcer ce marché libre des meilleures idées.

Je vous encourage à faire entendre votre voix également.

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Dépenser trop peu

(English version: Spending too little)

La recherche est de nature imprévisible et les dépenses nécessaires pour mener à bien un projet le sont donc également. La conception de l’expérience de demain dépend du résultat d’hier. Et, à tout moment, une publication venant de n’importe où dans le monde peut bouleverser un programme de recherche. On nous demande néanmoins de préciser annuellement nos dépenses et d’éviter non seulement des dépassements (c’est normal) mais également de ne pas dépenser moins. C’est simplement idiot ! Tout chercheur (avec des budgets français) gère son argent suivant une politique de simple bon sens: dépenser quand il y a nécessité et tenter d’assurer suffisamment d’argent pour les imprévus. Il arrive donc que les imprévus ne surviennent pas dans une année donnée et il reste de l’argent qu’on voudrait reporter à l’année suivante (nous sommes bien sûr au milieu d’un contrat). Mais pour nos administrations cet évènement heureux est considéré comme la plus mauvaise gestion !

Pourquoi doit-on toujours dépenser exactemement autant que prévu ? La règle n’existe pas pour aider la recherche. Au contraire, elle reflète plutôt de la mauvaise foi de la part du gouvernement. Chaque année nos organismes gestionnaires doivent présenter leurs comptes au Ministère de la Finance. Tout l’argent des contrats est traditionellement comptabilisé sous «ressources propres», que le Ministère risque de prendre en justification d’une baisse de budget. Donc il ne faut pas qu’il en reste à la fin de l’année, même si le contrat de recherche finance un projet spécifique, et le Ministère le sait parfaitement bien, parce que le plus souvent le contrat de recherche vient du gouvernement !

Tout cela pourrait paraître comme un jeu de hauts fonctionnaires sans conséquence pour la pratique quotidienne de la recherche. Il est vrai qu’on finit toujours par obtenir le report des fonds non-dépensés. Mais la procédure n’est pas sans coût. D’abord, il y a la perte de temps dans les prévisions et re-prévisions inutiles, et ceci gaspille le temps des chercheurs et des gestionnaires. Ensuite, l’obtention des reports dans l’année suivante peut être extrêmement lente dans certains organismes: pour une de mes tutelles ils arrivent vers le mois d’avril ! Par temps de pénurie (par exemple maintenant), le report peut représenter le seul financement d’une équipe. Le retard pose donc de réels problèmes.

Dans l’abstrait, il parait évidemment souhaitable que les chercheurs soient de «bons manageurs». Mais dans la pratique il y a une contradiction entre l’imprévisibilité de la recherche originale et la prévision budgetaire exacte. La mauvaise foi du gouvernement en refusant de reconnaître la spécificité des contrats de recherche, qu’il octroie souvent lui même, impose aux chercheurs et des gestionnaires de perdre leur temps dans des jeux comptables totalement inutiles et inefficaces.

Spending too little

Experimental research is inherently unpredictable, so it is not possible to budget research projects precisely. The design of tomorrow’s experiment depends on yesterday’s result. And, at any moment, a publication can overturn a research program. Despite this, we are continually obliged to provide detailed annual budgets. Of course, we can’t spend more than we have, but, idiotically, we are not supposed to spend less either. Every researcher (at least on French budgets) manages his/her grants according to simple good sense: spend when necessary and try to put aside enough for unforeseen problems. This means that money will sometimes be unspent that one would like to carry forward to the following year (assuming we are in the middle of the grant). However, this happy event is, quite perversely, considered by our administrations to represent the worst possible management!

Why shouldn’t we underspend on occasion? The rule is not in any way intended to help research and is instead an example of bad faith on the part of the government. Each year, the research organisations must present their annual accounts and budgets to the Finance Ministry. All the research grants they manage for us count as ‘ressources propres’ (your own money), which the Finance Ministry then argues can be used to offset a reduction in following year’s budget. Of course this is false, because the grants cannot be used for other than the project they are intended to fund. And the Ministry knows this perfectly well, not least because most of the grants are provided by the government itself!

One could argue that this is all simply a game for high-ranking civil servants. And it is true that we always end up receiving unspent grant money the following year. But there is a real cost. Firstly, there is all the time wasted by researchers and finance staff in the futile budgeting. Furthermore, unspent monies may only become available many months into the new year: for one of the organisations managing my grants such carry-overs may not be available before April! In hard times (like now), this may represent the only funding that a group possesses, so the delay can cause genuine hardship.

In abstract terms, it seems evidently desirable for researchers to be ‘good managers’. But in practice there is a real contradiction between the unpredictability of original research and precise budgeting. Governmental bad faith in refusing to account for research grants honestly (especially those funded by the government itself!) obliges researchers and finance staff to waste their time in make-believe budgeting.

Merci à : Delphine.

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Donnez-nous des CDD précaires !

J’ai récemment critiqué la nouvelle interprétation de la règle limitant l’emploi sur CDD dans la fonction publique à six ans. Ci-dessous j’illustre les effets pervers de cette règle avec le récit d’un post-doctorant coincé entre la pénurie de postes et cette règle. Il s’agit d’un étranger ayant travaillé dans le privé. A cause de son âge, il devait postuler pour des postes CR1. Il a été classé premier sur liste complémentaire lors de sa première présentation, plutôt un bon résultat. Mais l’année suivante il n’y avait pas de poste CR1 dans sa commission. Et il n’y aura pas d’année après à cause de la règle des six ans.

I recently criticised the new legal interpretation limiting temporary employment in the French Civil Service to 6 years. Below, I illustrate the unpleasant effects the rule has, with the account of a post-doc who has been caught between the lack of jobs and the 6 year rule. He came from abroad after working in the financial industry. Because of his age, he had to apply for the rarer CR1 CNRS positions. At his first attempt, he achieved a very creditable runner-up ranking. But the following year there were no CR1 positions in the appropriate commission and he will now be disqualified from continuing in research by the six year rule.

I graduated in theoretical particle physics in October 2000. After my thesis I was not motivated to pursue a university career in theoretical physics. Instead, I was recruited by young start-up company that had the ambitious aim to develop a universal Java based software platform to run business applications on various upcoming mobile devices. Between January 2001 and April 2002 I worked as a Software Designer and Consultant, responsible for the development and implementation of the security layout. The company was financed by joint-venture capital, and because the financial support was drastically reduced after the 11th September 2001, this quickly lead to bankruptcy.

Between July 2002 and September 2005 I worked as an analyst in the data-mining department of the Allianz insurance. There I worked together with mathematicians and statisticians in a small research unit developing statistical models and computer tools to analyze, rate and predict customer behavior.

During this time I had frequent discussion with a former study colleague that did his Postdoc in computational biology. I was introduced to his research in molecular and cellular biology, an interdisciplinary field that started to fascinate me. I realized that my formation as a physicist together with the additional skills that I acquired during my work experience provided a good foundation to tackle challenging problems in molecular biology. I successfully applied for a postdoctoral position and started my own research end of the year 2005. During my postdoctoral work, I am investigating fundamental questions in cellular biology starting from a molecular level using mathematical methods from chemical and statistical physics together with computer simulations.

In 2010 I first applied for a CR1 position at CNRS. I was classified second in the interdisciplinary section 43, however, there was only one position available.

In the following year 2011 no CR1 positions were offered in section 43, and for a CR2 position I was not considered. I applied at INSERM, and passed the preselection for a CR1 position, but I did not get the position.

I would like to continue my research and apply the last time for a CR1 position in 2012. Unfortunately, although there is money available to support me, my contract cannot be prolonged because of the CDI problem.

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La bascule

(English version: The new financial year)

Il arrive que nous avons besoin de passer des commandes en décembre ou en janvier. Mais en France c’est souvent impossible.

Notre vitesse de progrès repose sur notre capacité à approvisionner de nouvelles expériences imprévues et donc sur la réactivité de notre système d’achats. Même dans les meilleurs moments, passer une commande au CNRS (et sans doute à l’INSERM) ou dans un service d’université relève d’un parcours d’obstacles. Mais, bien pire, si par malheur vous avez besoin de passer une commande au mois de décembre, tant pis ! Vous serez au chômage technique, peut être jusqu’en février, pendant que les britanniques, les américains et les allemands prennent tranquillement l’avance.

C’est la faute au changement d’exercice. A la fin de chaque année il faut faire le bilan. Ceci nécessite d’une part la concentration totale de tous les services financiers (de laboratoires et centraux) et d’autre part qu’il n’y ait pas de mouvement pendant ce calcul. Donc on nous interdit de commander. Ensuite, dans la nouvelle année, il faut en moyenne attendre plusieurs semaines avant d’obtenir le droit de commander normalement. Soit un blocage qui peut atteindre deux mois. Il existe également un effet de «pénombre» autour de la fermeture des comptes – la course en novembre pour tenter de prévoir deux mois d’expériences et, en février, le déluge de commandes frustrées. En plus du chômage technique des chercheurs, on peut constater que cette période génère un pic d’activité et de stress totalement incapacitant pour les services de gestion et financiers.

Sur le fond il n’y a aucune raison que le travail ne puisse pas continuer normalement pendant toute cette période. La grande majorité (environ 75%) de notre financement provient de contrats pluri-annuels et, même si la subvention d’état est annuelle, il devrait être possible de la prévoir au moins partiellement. L’argent est donc là. Le problème vient alors de la combinaison de règles comptables mal pensées, de systèmes d’information inefficaces, et surtout d’un profond mépris des besoins des chercheurs.

J’ai demandé à mes connaissances comptables dans le privé comment se faisait leur bascule d’exercice: «Je l’ai faite mardi et mercredi.», «Les commandes passent déjà sur 2011» (en décembre 2010). Cette bascule bloquante dont la fonction publique détient le secret n’est donc pas une fatalité.

La solution à ce problème est simple et n’est pas du tout orignal, puisque tout le reste du monde l’applique déjà:

– ouvrir les comptes de l’année N+1 d’abord
– fermer ensuite les comptes de l’année N
– se doter de systèmes réglementaires et informatiques le permettant

L’inversion de la fermeture et de l’ouverture des exercices éviterait toute période sans commandes, permettant aux chercheurs de continuer leur travail sans interruption. L’absence d’interruption lèverait toute pression sur les gestionnaires et comptables, qui pourraient donc faire tranquillement leurs comptes.

Il est à noter qu’un système informatique performant ne veut pas dire cher : ni le CNRS avec SAP ni l’INSERM avec Oracle n’ont pu régler ce problème. Il faut simplement que le système soit pensé à l’avance (ou suffisamment évolutif) pour faciliter le travail de la recherche.

The new financial year

We sometimes need to place orders in December or January. But in France this is often impossible.

Rapid progress in research depends upon the ability to provide quickly for new experiments. This requires an efficient purchasing system. Even at the best of times, ordering procedures in the CNRS (and no doubt in INSERM) or in universities can feel like an obstacle course. Much worse happens though should you wish to order in December. You can’t, and may have to wait until February while your international competitors steam ahead.

It’s the fault of the new financial year. Closing the accounts for one year and setting up those of the next appears to demand the total concentration of both proximity and central financial staff and must occur in the absence of any financial movements. We are therefore forbidden from placing any orders for a period that can last for several weeks. This blockade also creates a ‘penumbra’, where we try in November to plan two months experiments and then in February there is a flood of frustrated orders. In addition to the enforced inactivity of researchers, the whole exercise is enormously stressful for all of the financial services.

There is no fundamental reason for purchasing and research not to continue normally during this period. Most of our funding (about 75%) is in the form of multi-year grants, while the remaining recurrent funding, which is decided annually, could be specified before the end of the year. The money is there. The problem would then appear to result from a combination of badly planned procedures, inefficient computing systems and a total disregard for the needs of research.

I asked accountant friends who work in large private firms how they managed the switchover of financial year: ‘I did it on Tuesday and Wednesday’, ‘Orders are being placed for 2011’ (in December 2010). The blocking switchover of the French civil service is therefore perfectly avoidable.

The solution to this problem is simple and completely unoriginal (since everybody else already does it):

– open the accounts for next year first
– then close the accounts for this year
– sort out procedures and computing resources to allow this

Inverting opening and closing of the financial years would avoid an interruption of purchasing. And the absence of an interruption would lift the pressure on the financial services, allowing them to count their beans in peace.

I note in passing that an appropriate accounting system does not equate to one that is expensive: neither the CNRS with SAP nor INSERM with Oracle has solved this problem. What is required is a system that has been correctly planned (or is sufficiently adaptable) to facilitate continuous research activity.

Merci à : Marion et Delphine.

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Six ans

(English version: Six years)

La nouvelle interprétation stricte de la règle limitant à six ans la durée des CDD dans la fonction publique met fin à des carrières de post-doc de manière totalement injuste, arbitraire et inutile.

Soyons clairs: la majorité des thésards et la totalité des post-docs travaillent dans l’espoir de décrocher un jour un poste permanent qui leur permettra de développer plus sereinement leurs projets de recherche à long terme. Ce n’est certainement pas un alléchant CDD ANR ou le luxe d’une subvention à court terme d’une fondation qui les retient dans la recherche. Avant l’obtention d’un poste dans une EPST ou université, l’horizon du contractuel ne s’étend que rarement au-delà de deux ans, et son quotidien est souvent un continuum de stress, de frustration et de travail acharné.

Ajoutons que la possibilité d’avoir une situation stable est une motivation extrêmement importante pour attirer la main-d’oeuvre compétente essentielle pour faire fonctionner la recherche française. Imaginez un instant les post-docs qu’on pourrait attirer avec un CDD ANR de deux ans s’il n’y avait même pas l’espoir d’un poste un jour.

Nous vivons une période où la conjoncture économique et politique génère une pénurie aiguë de postes ainsi qu’une baisse subite de subventions pour financer leurs salaires. La vie des post-docs est déjà très tendue. Mais s’ajoute maintenant aux difficultés des apprentis chercheurs une nouvelle interprétation d’une vieille règle qui a des effets réellement pervers sur leurs chances d’obtenir un poste permanent.

La règle, ironiquement conçue comme une protection de l’emploi, impose que toute personne employée pendant 6 ans sur CDD par le même employeur, y compris dans la fonction publique, est en droit d’exiger un CDI. Cela étant bien sûr impossible, puisqu’il faut réussir un concours pour devenir chercheur, la personne doit arrêter de travailler dans la recherche publique. Jusqu’à récemment, cette règle était interprétée avec une certaine souplesse (sagesse !) – il suffisait que la gestion du salaire passe d’une EPST à l’université, ou d’être payé par une fondation, pour que les compteurs soient remis à zéro. Est-ce que cette interprétation n’a jamais posé un problème ? J’aimerais savoir s’il existe une jurisprudence où un post-doc aurait obtenu de son «employeur» un CDI. Récemment, cependant, l’interprétation s’est rudement durcie. Maintenant après six ans de salaire géré dans la fonction publique, tout organisme confondu et sans tenir compte de la source du financement, le post-doc se trouve au chômage.

Je trouve ce changement cruellement injuste:
– les personnes touchées se sont engagées dans la recherche il y a plus de dix ans, quand cette règle était interprétée de manière flexible
– c’est autant d’années de formation gâchées (minimum bac+14)
– cette règle frappe durement ceux qui ont choisi d’effectuer leur post-doc en France mais laisse totalement indemnes ceux qui ont exercé à l’étranger

On entend l’argument qu’une personne qui a besoin de six ans de post-doc ne sera pas “un bon”. Je ne suis pas d’accord, pour plusieurs raisons. D’abord, avec six ans après la thèse on arrive simplement à l’ancien âge limite de recrutement CNRS/INSERM (CR2), c’est-à-dire 31-32 ans, qui était trop jeune. Ensuite, la recherche est très aléatoire (du moins en biologie) et un seul faux pas, un peu de malchance ou un changement de direction peut facilement empêcher un candidat de constituer un dossier compétitif dans les temps. Or un des effets appréciables de la suppression de l’âge limite de recrutement était de permettre aux chercheurs de qualité de rattraper ces écarts. Nous revenons donc à un système ultra-rigide (et stupide) où la moindre non-linéarité de carrière est fatale.

L’application de cette règle aux post-docs est donc injuste et arbitraire. Elle décourage encore plus la main-d’oeuvre qualifiée dont dépend tout laboratoire de recherche et défavorise spécifiquement le travail en France au profit des pays étrangers. Et pour quel gain ? Tout ce que demande un post-doc c’est de pouvoir continuer dans des conditions déjà assez pénibles de préparer un concours particulièrement exigeant.

Six years

A new, strict interpretation of French labour law limiting temporary employment in the civil service to six years is terminating research careers in an unjust, arbitrary and wasteful manner.

Let’s establish one thing: the great majority of PhD students and essentially all post-docs work in the hope of obtaining a tenured position enabling them to develop their own longer-term research projects. They are certainly not motivated by short-term soft money or the working conditions, which usually consist of unremitting stress, frustration and hard work.

It is also important to point out that this prospect of stable research employment is essential to attracting the high-quality PhD students and post-docs that are so crucial to any research lab. Imagine for a moment the post-docs one could hire with short-term contracts if there were no hope of a career in research.

In France as in several other countries, the economic crisis and political climate are creating a severe shortage of jobs and simultaneously reducing the available soft money. A post-doc’s life is particularly fraught at this time. Things are worse for long-term post-docs in France, though, because of a new, strict application of labour law to post-docs.

This law, perversely intended as a protective measure, limits temporary employment (CDD = contrat à durée déterminée) by the same employer, including the civil service, to 6 years. After that period, the temporary employee is entitled to demand a permanent position (CDI = contrat à durée indéterminée). To become a researcher, however, one must pass through a very competitive recruitment procedure (concours), so the employers would have no way of providing a permanent position. The end result is the post-doc must be fired.

In the past this law was applied flexibly. It was always possible, by switching the organisation managing the salary (for instance between CNRS and a university) or by being paid by a private foundation, to reset the counter. And I’m unaware that this good-sense approach ever posed a problem or that any post-doc ever successfully took his employer to court to obtain a permanent position. Nevertheless, the interpretation of this rule has suddenly become quite draconian. Now, after accumulating 6 years of work in the civil service, independently of the specific organisation or of the funding source (salaries funded by private foundations are usually still managed by the public organisations), post-docs are being made unemployed.

I find this cruelly unfair:
– those affected began their research careers some 10 years ago, when of course this rule was interpreted differently
– all those years of training are wasted
– the rule affects those working in France quite differently to those applying for jobs from abroad

One hears the argument that anybody requiring 6 post-doc years won’t be the best. I disagree, for several reasons. Firstly, 6 years post-PhD equates to 31-32 years old, which was the previous (very young) age limit for recruitment to ‘CR2’ positions in the CNRS or INSERM. Furthermore, research (at least in biology) has a strong random component; a single misstep, a bit of bad luck or a change of direction will easily prevent recruitment within this time limit. One of the positive effects of the abolition of the age limit for recruitment was the possibility for good researchers to recover from such problems. Now we are returning to a stupidly rigid system in which the slightest error or nonconformity in a research career will be fatal to employment opportunities.

In conclusion, the strict application of labour law to post-docs is arbitrary and unfair. It discourages yet further the active, qualified researchers upon which every research lab depends and specifically penalises working in France compared to other countries. And for what gain? All the post-docs request is to be able to continue their already difficult preparation for the recruitment competition.

Merci à : Delphine.

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